Trois réflexions sur le pouvoir - par Louis-Samuel Jacques

par Louis-Samuel Jacques le 29 mars 2024 00:00:00

<span id="hs_cos_wrapper_name" class="hs_cos_wrapper hs_cos_wrapper_meta_field hs_cos_wrapper_type_text" style="" data-hs-cos-general-type="meta_field" data-hs-cos-type="text" >Trois réflexions sur le pouvoir - par Louis-Samuel Jacques</span>

Le pouvoir rend paresseux

Utiliser son pouvoir est une voie rapide pour influencer.

Durant le plus gros de sa carrière, Napoléon avait beaucoup de pouvoir sur les autres et sur les situations. En tout temps, il pouvait s’extraire de force de situations désagréables et il pouvait changer les individus qui l’entouraient - il pouvait mander, congédier, ignorer, ou faire disparaitre qui il voulait, ou presque.

En utilisant constamment son pouvoir, il a négligé de développer d’autres techniques d’influence. C’est devenu évident dans les dernières phases de son déclin. N’ayant ni autorité, ni armée, ni ressource, ni allié (toutes des formes de pouvoir), il ne lui restait alors plus rien pour influencer et son existence s'est écroulée.

Le coût de se changer vs le coût de changer les autres

Mes études en économie m’amènent souvent à comparer intuitivement le coût de différentes options.

Explorons le coût relatif des deux grandes catégories d’options qui existent pour gérer une situation - se changer soi-même, et changer les autres.

La plupart du monde trouve difficile de se changer soi-même et de changer ses comportements. Autrement dit, le coût est élevé - ça implique de la vulnérabilité, du travail, de changer des habitudes, de reprogrammer des réflexes, etc.

Or, changer les autres et son environnement paraît peu coûteux quand on a de l’autorité. Par exemple, je vais le forcer à s’améliorer, et s’il ne change pas, je le congédierai et je confierai son travail à quelqu’un d’autre est une stratégie commune en gestion.

Cette stratégie est commune et peu coûteuse en apparence, jusqu’à ce qu’on s’arrête aux véritables impacts - en argent, en relations, en émotions et en heures consacrées - de revivre plusieurs situations en boucle.

Intérêts > raison > droits > pouvoir

Ce n’est pas parce qu’on peut faire quelque chose que c’est une bonne idée de le faire.

Ce n’est pas parce qu’on a le droit de faire quelque chose que c’est une bonne idée de le faire.

Ce n’est pas parce qu’on a raison de faire quelque chose que c’est une bonne idée de le faire.

Entendre « j’ai raison » ou « j’ai le droit » (dans notre tête, de notre bouche ou de la bouche des autres) devrait être un signal pour se ramener aux intérêts - les nôtres, ceux de l’autre partie, ou ceux de l’organisation.

Sinon, on met le pied sur une pente glissante de plus en plus difficile à remonter qui finit par coûter une fortune à tout le monde et qui conduit à poser des gestes qu’on regrette.

Comme leader, on a avantage à stopper cette glissade et à rediriger le focus de la conversation vers les intérêts. Voici comment y arriver dans plusieurs circonstances : influence, gestion, négociation, résolution de conflits, etc.

D’abord, soyons à l’affut du vocabulaire utilisé. Quelqu’un qui dit par exemple J’ai raison parce que _____ va rapidement conduire à une réponse disant Oui, mais moi j’ai le droit de ______. Par réflexe, la réponse sera OK, mais alors moi je peux ______. Tu peux effectivement ______, mais moi je peux ______. C’est l’architecture typique des conversations qui précèdent les crises de bacon au centre d’achat, les poursuites coûteuses et les séparations acrimonieuses.

Ensuite, que ce soit en prévention ou en récupération, favorisons des conversations qui tournent autour des intérêts réciproques par des interventions telles que :

  • Quelles sont tes véritables intentions? Voici les miennes.

  • Que veux-tu / que voudrais-tu?

  • Où ça va nous mener si on décide de faire X?

  • Je n’essaie pas d’avoir raison, j’essaie juste de comprendre.

  • Je ne veux pas te forcer à décider quoi que ce soit, je voudrais juste que tu comprennes mon point de vue - tu décideras après.

Précision

Il ne faudrait pas déduire de ce texte que le pouvoir est absolument mal et qu’on ne devrait jamais y recourir. C’est plutôt un appel à la réflexion, à la responsabilisation et à la considération d’autres options.

Quelques antidotes pour agir (et au besoin, d’utiliser votre pouvoir) avec plus d’intention et d’optionalité, plutôt que par obligation ou par réflexe :

  • Recherchez le challenge, notamment via des groupes de coaching par les pairs comme ceux de TEC Canada.

  • Restez sur une courbe d’apprentissage, par exemple en travaillant explicitement sur votre influence.

  • Côtoyez des personnes qui sont meilleures que vous dans certains domaines, dont l’influence (nous en avons parlé ici).

  • Exposez-vous régulièrement à l’inconfort.

  • Favorisez l’introspection et prenez régulièrement du recul, par exemple par la méditation ou le journaling.

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