Avant de commencer, court rappel : plusieurs activités à très haute valeur sont au programme dans les prochaines semaines. Toute l'info est ici.
Je viens de terminer l'excellente autobiographie de Bob Iger, PDG de Walt Disney depuis 2005, intitulée The Ride of a Lifetime. Bien que je n'aie jamais été un fan de cette entreprise, j'en reconnais l'importance et la qualité à maints égards.
On tient Disney pour acquise. C'est une erreur. On oublie qu'elle a souvent failli gonfler la liste des géants disparus comme GE, Kodak et BlackBerry. Les acquisitions de ABC, Pixar, Marvel, Lucasfilm et 21st Century Fox semblent aller de soi aujourd'hui, mais chaque fois, les dirigeants prenaient des risques majeurs de plusieurs points de vue : financier, réglementaire, technologique, culture d'entreprise, gestion des marques. Leur propre leadership était aussi mis à risque.
Voici trois idées tirées de cet excellent ouvrage.
La difficulté d'allier exigence et respect n'est ni générationnelle ni moderne : le réflexe de diminuer ses exigences pour paraître gentil était commun dans les années 70 aussi. Et arriver à servir ces deux qualités simultanément, sans compromis ni pour l'un ni pour l'autre, a toujours été rarissime.
Arrête de les opposer.
Si tu t'occupais du son d'un spectacle rock, tu pourrais monter le son de la batterie, de la basse ET de la guitare, n'est-ce pas? Et ce ne serait pas parce que tu diminues le volume de la batterie que tu augmenterais le volume de la guitare.
En leadership, c'est la même chose. Ce n'est pas parce que tu diminues les exigences que tu fais preuve de gentillesse ni de respect. Il se peut même que ça ait l'effet inverse : baisser tes exigences seulement envers Paul peut être un manque de respect envers Carole.
Sois gentil. Sois respectueux. Sois exigeant. Non stop.
Iger fait état de plusieurs situations corsées vécues au fil du temps avec son CA et plusieurs administrateurs en particulier.
Si tu sièges à un conseil d'administration ou si tu relèves d'un CA, son autobiographie va te conforter : c'est très difficile pour un CA et des membres individuels d'avoir le bon focus et de créer de la valeur. Même pour une multinationale cotée en bourse (alors qu'on pourrait croire que tout est plus facile parce qu'ils arrivent à recruter les meilleurs et à bien encadrer leurs pratiques).
Ce que tu vis avec ton CA n’est probablement pas un échec personnel, mais plutôt une situation à gérer activement.
Si on avait à synthétiser la recette Iger par rapport à son CA à partir de son autobiographie, on parlerait de patience, de fermeté, de franchise et de respect (tant envers l'institution que ses individus). Encore une fois, les quatre vont ensemble, en continu.
Tu gères probablement moins de monde que Bob Iger. Tes budgets sont significativement moins élevés également.
Tu peux néanmoins tirer plusieurs leçons de la façon avec laquelle il gérait son temps et ses priorités.
On se rend compte, en lisant entre les lignes, à quel point il gardait de l'espace pour travailler sur des initiatives à haute valeur, à long terme, et ayant un impact sur la marque. Et il s'assurait aussi d'avoir de la liberté pour le faire.
Sauf de rares exceptions, il pouvait se libérer une journée à 12h de préavis.
D'ailleurs, c'est aussi ce qu'on peut retenir de l'utilisation du temps de son ami, Steve Jobs, un de ses amis dont il parle à de multiples occasions dans The Ride of a Lifetime.
Tu peux te dire « on sait ben, lui, il a le budget et le monde pour le faire ». Ou bien, tu peux apprendre de cela et en appliquer les leçons à ta réalité. L'histoire ne le dit pas, mais il s'est certainement créé cette liberté sans attendre qu'on lui donne (et là tu me diras qui est "on", je ne l'ai pas encore rencontré)?
À ton niveau, le plan de match ne t'est pas donné par personne - c'est à toi de l'écrire.
Ça ne veut pas dire de l'écrire seul, mais ça reste ta responsabilité de le faire.