La chasse aux coupables est ouverte à l'année.
N'y va pas - c'est trop dangereux! D'abord, tu finiras par être une cible, car personne n'y échappe. Mais surtout, trouver des coupables ne règle rien - ça crée même des problèmes additionnels.
Je pourrais t'en parler toute la journée, mais je me limite ici à trois perspectives sur la chose.
Disons qu'un problème existe. Un vrai. Pour faciliter la démonstration, supposons aussi qu'une personne a fait quelque chose de mal (ce qui n'est pas toujours le cas).
Pour résoudre ce problème, on a besoin de deux choses :
une compréhension du système ayant conduit à ce résultat (la plupart du monde appelle ça "la source du problème" - ce n'est pas pareil, mais je ne me chicanerai pas avec toi si tu préfères cette façon classique de parler)
un plan pour changer le système (ça me va si tu veux faire comme tout le monde et appeler ça une solution)
Contrairement à ce que tout le monde pense, trouver quelqu'un qui aurait fait quelque chose de mal en lien avec ce problème n'équivaut ni à l'un ni à l'autre.
Un problème, ou même une erreur, est le résultat d'un système. Or, chaque personne de l'équipe contribue à ce système.
En trouvant un coupable (et en pensant avoir ainsi résolu le problème), on se met des œillères et on enlève de l'équation plusieurs facteurs potentiellement cruciaux - notre propre contribution, celle des autres, les politiques organisationnelles, les outils, les formations, les incitatifs, etc.
Il y a pire. À date, on n'a parlé que d'une conséquence à court terme. Mais en confondant régler un problème et trouver le coupable, on ouvre la porte à d'autres conséquences pernicieuses et on met à risque notre culture.
Élaborons... Disons que tu fais une erreur, que devrais-tu faire en temps normal?
Au cas où tu te demandes, c'est de la matière à examen. Je vais te faciliter la vie et te donner des choix de réponse :
A) En parler ouvertement pour que les autres apprennent de ton expérience, évitent de la commettre, et t'aident à la réparer au besoin
B) La dissimuler
C) Blâmer quelqu'un d'autre
D) Trouver des excuses
Mon petit doigt me dit que tu réponds A, car nous sommes en théorie, et en théorie, on choisit la bonne réponse.
C'est du moins ce que tout le monde souhaiterait que leurs collègues fassent.
Maintenant, ajoutons une condition. Disons que tu travailles dans une équipe qui a pour habitude de blâmer ou de congédier les individus qui font quelque chose de mal. Tu fais la même erreur que tout à l'heure. Que vas-tu faire?
Mon petit doigt change d'idée. Il me dit maintenant que tu ferais B, C, D ou même que tu inventerais un autre choix de réponse :
E) Faire de la politique pour ne pas que les autres te blâment lorsqu'ils commettent des erreurs
Tu vois à quel point ça peut gangrener ta culture organisationnelle d'accepter que ton monde confonde trouver des coupables avec résoudre un problème?
En même temps, je ne dis pas de garder n'importe qui et qu'il n'y a pas de raison de congédier du monde - en fait, je préconise d'adresser rapidement et directement les situations où quelqu'un montrerait une faible performance.
La performance demeure vitale. Plusieurs de mes ateliers proposent des façons de créer des environnements de performance, qui impliquent continuellement de :
Définir et communiquer les attentes
Mesurer la performance
Discuter de l'écart entre les attentes et la réalité, et le combler
Pas quand ça nous tente. Pas de temps en temps. Pas juste lors de l'évaluation annuelle. Pas seulement quand quelqu'un observe un problème de performance.
Tout le temps.
Il y a une différence énorme entre cela, et aller à la chasse aux coupables.
C'est plus d'ouvrage que de pointer les autres habilement du doigt, j'en conviens. Mais si ce n'est pas ça notre job, c'est quoi alors?
Si tu veux approfondir tout ça, inscris-toi à notre atelier du 9 mars prochain sur les équipes imputables et invincibles. C'est en format express de 90 minutes en visio. J'ai commencé à offrir ce format pour répondre à la demande de mes membres qui sont un peu partout au Québec et qui veulent mettre un peu plus de Louis-Samuel dans leur organisation sans que ça leur coûte une fortune en temps et en déplacement.
J'ai appris le décès récent de Bill Hawfield d'une crise cardiaque durant des vacances à Hawaï. Bill a été entrepreneur et membre de TEC, puis de VISTAGE, durant plus de 35 ans, pour ensuite devenir un conférencier prolifique et apprécié de notre réseau.
C'est lui qui nous avait fait redécouvrir les vertus de la gentillesse, ainsi que l'utilité des post-it, des vision boards et des comités consultatifs. J'ai pris cette photo lorsqu'il était venu parler à nos groupes en avril 2023.
Merci, Bill.